« Une soupe sans sel ? Un baiser sans moustache ? » Demanderait-on dans un film de Bertrand Blier. Eh bien non. En fait, c’est pas mal !

Ça faisait longtemps que j’avais pas vu un bon film au cinéma. Très longtemps même. Je commençais à désespérer. Je veux dire un vrai bon film, la petite pépite qui reste au fond du cœur et dont on a envie de parler à tout le monde. Un film qui nous rappelle pourquoi c’est important de continuer à faire des films et pourquoi c’est un plaisir d’aller au cinéma. Un film qui me parle avec les moyens dont le cinéma dispose pour raconter des histoires. Enfin, le film Timbuktu du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako arrive comme une bouffée d’oxygène !

Timbuktu raconte l’arrivée des djihadistes dans la mythique ville du Mali en 2012 et l’application de la charia imposée à ses habitants.

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Ce film est un film important et somptueux car c’est un acte de résistance.

Je souhaiterais revenir sur une scène de ce film dont je pourrais parler des heures tant il est riche en idées de mise-en-scène. Une scène, particulièrement, m’a secoué le fond de l’âme et m’a emporté jusqu’aux larmes.

Il s’agit d’une partie de foot. Une partie de foot un peu particulière car elle présente la particularité d’être dénuée de ballon.

Tout le reste est là : Ils sont tous équipés, portent maillots, chaussettes, crampons… Y’a les gardiens,  y’a les cages… Des déplacements, des pénaltys, des corners… Des cris de joie, des pleurs… Il y a tout ce qui fait une partie de foot… Tout, sauf le ballon.

A quel moment peut on parler de foot ? Est-ce toujours un foot même s’il n’y a plus de ballon? La réponse est double.

La voiture de la police islamiste qui patrouille pour faire régner l’ordre (et interdire le football…) passe et ne réagit pas… Elle ne s’intéresse qu’à l’aspect matériel du football (le ballon) et oublie tout le reste, c’est à dire l’essentiel. Les joueurs tout comme les spectateurs ont bel-et-bien assisté à une partie de foot. Dans un pays où les interdits absurdes sont de plus en plus nombreux, les jeunes trouvent des moyens pour contourner ces interdits. Ils jouent au football sans le ballon, et la beauté du cinéma est de pouvoir retransmettre cet acte de résistance en réveillant le spectateur et en le faisant devenir acteur de cette résistance.

Filmer l’invisible en rendant visible ce qui ne l’est pas.

C’est parce qu’on souhaite les voir jouer que le ballon existe dans notre esprit ! On en devine même les trajectoires ! Il nous ramène à notre position de spectateur en nous disant qu’il ne faut pas demeurer passif avec les images mais bien actif. Refuser la passivité ! Réveiller l’esprit de création ! Voilà des idées prônées par ce film de résistance face à l’intolérance et la fermeture d’esprit des djihadistes.

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Inventer, créer pour surpasser, outrepasser les interdits. Ça nous emporte jusqu’ aux tripes, cette partie de foot sans ballon est peut-être la plus belle que j’ai vue de ma vie. C’est pour ça que l’on aime le cinéma, pour qu’il nous rappelle le pouvoir de l’imagination. Ils peuvent détruire les œuvres (dans la première scène du film on voit des statuettes de bois détruites par des balles des Kalashnikovs) mais ils ne détruiront jamais le pouvoir et le désir de créer.

En 1943, Renoir, éxilé alors aux Etats-Unis, réalisait Vivre libre sur l’occupation nazie en France. En 2014, Sissako réalise Timbuktu en Mauritanie sur l’occupation djihadiste au Mali. Autre époque, autres pays, même résistance.

Le cinéma a ce devoir de résistance et il doit continuer d’aller dans ce sens là.

Merci Sissako.

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