Voyager, le sel de l’existence pour certains, la peur de l’inconnu pour d’autres. L’Asie, ce continent qui nous paraît si loin et si proche à la fois. Bercés dans nos jeunes années par ce mélange de culture nippone et américaine via séries, dessins animés ou jeux vidéos, on se créerait presque un amalgame inconscient. Oui, comme si l’on connaissait déjà ces pays, un peu comme si ils faisaient déjà partie de nous. Pas totalement faux et si vrai en même temps, alors pourquoi ne pas faire un crochet par le Royaume du Siam.

La Thaïlande, des plages à perte de vue lovées dans des criques pittoresques qui entourent des îlots de paradis où l’on s’imagine en Robinson des temps modernes, embrassant de plein gré une vie chiche mais si riche. Mais ce pays n’est pas que ça, loin de là. Un de ces 4 Tigres asiatiques qui se développent à vitesse effrénée, Un de ces pays où le pouvoir se partage entre une dynastie Royale presque Divine aux yeux des habitants ( Dynastie Chakri fondée en 1782 dont le roi actuel Rama IX est le descendant ) et les juntes militaires successives. Après une visite du Nord jusqu’au Myanmar, depuis l’incroyable Chiang Mai jusqu’à Chiang Rai où les forêts prennent possession du paysage sans partage, les montagnes dont les richesses visuelles et tribales n’ont aucuns mots assez justes pour les décrire et leur faire honneur. Un passage par la capitale s’impose avant de devoir revenir en occident.

Dès à l’aéroport, on se laisse doucement bercer par une atmosphère envoûtante, statue de Bouddha et wat (temple-monastère) environnant. Quitte à se perdre dans cette ville, autant le faire jusqu’au bout. Direction le moderne métro aérien qui surplombe l’autoroute et premier choc. Les gratte-ciels jonchent le trajet se mêlant avec de multiples centres commerciaux et leurs écrans interactifs publicitaires. Ça et là, on distingue d’autres wats et autant prévenir que la branche bouddhiste dont les Thaïs se revendiquent (théravada) aiment à multiplier les lieux de prières et de recueillements. A la descente, on se dirige vers la rivière Chao Praya qui sépare les deux capitales historiques du Siam devenu Thaïlande. L’ancienne Thonburi fait face à la nouvelle Bangkok. Les effluves épicées des vendeurs ambulants nous interpellent, nous font comprendre que de nouveaux repères doivent être intégrés et quoi de mieux qu’une dégustation de brochettes locales avant de prendre place sur les navettes fluviales.

Au milieu des locaux, on laisse son esprit naviguer au gré des arrêts de notre navette. Bâtiments coloniaux, wat, hôtels et marchés se succèdent avant de voir au loin se dessiner la silhouette du Grand Palais. En face, le Wat Arun se dévoile. Le Temple de l’Aube d’inspiration khmère sera notre premier arrêt de la journée. Bien qu’en rénovation, ce lieu hors du temps subjugue, interpelle. Son architecture laisse pantois et apaise. Peu de touristes, des moines déambulent café thaï imitation starbuck à la main. Une bulle temporelle nous enveloppe peu à peu. L’autre rive nous aimante cependant et c’est en direction du Wat Pho que nos pas nous dirigent. Traversée d’un marché local entre dégustation de fruit du dragon ou noix de coco thaï, cette période de mousson sait aussi se montrer menaçante et une averse aussi soudaine que bienvenue déchire le ciel pour rafraîchir une atmosphère plutôt lourde.

Enfin, le Wat Pho s’offre à nous dans un mélange de couleurs détonantes. Le bâtiment central qui abrite le célèbre Bouddha couché attendra que l’on se plonge dans les méandres du temple de 8 hectares. On se perd en observant les bonzes en pèlerinage, on longe les couloirs où les statues représentant Bouddha se multiplient. On regarde les étudiants de l’école de médecine traditionnelle attenante et on se rafraîchit avec une bouteille d’eau comprise dans le prix d’entrée. Arrive logiquement le temps où l’on se déchausse avant de pénétrer l’enceinte sacrée et d’admirer la statue de plus de 40 mètres. Bouche bée, sans mots, on prend de plein fouet le sourire du Bouddha, symbole de ce monde inconnu qui nous accueille avec bienveillance. On touche enfin du doigt la véritable signification du terme dépaysement. Les jambes chancelantes, on ne peut que désirer continuer d’admirer les richesses de ce royaume séculaire.

A quelques centaines de mètres se présente la dernière visite incontournable de Bangkok. Le Grand Palais jouxté au Wat Phra Kaeo. Ce dernier temple abrite l’une des reliques les plus vénérées de Thaïlande : le Bouddha d’Emeraude. Le Roi vient changer lui-même le vêtement de cette statue trois fois par an lors d’une procession exceptionnelle. La visite est ébouriffante, les bas-reliefs divins et les multiples statues d’une précision à couper le souffle. On tente bien de le reprendre mais peine perdue. Bangkok nous possède, nous submerge. Le Grand Palais aide à reprendre pied avec le monde réel. Bien que magnifique, il ne possède pas cette magie quasi-mystique typique des wats précédents. La culture thaïe ne pouvait trouver meilleurs étendards pour nous séduire.

A la sortie, les insistants chauffeurs de Tuk-tuk nous ramène dans le Bangkok moderne. Artères de circulation plus bouchées que celles d’un quinquagénaire texan, on se retrouve au 21ème siècle. Une furieuse envie de maudire le monde actuel que seul un riz gluant à la mangue saura calmer. Les mélanges de saveurs aigres-douces d’une pause déjeuner bien mérité empêchent de se rendre compte que le soleil se couche peu à peu. Bangkok la frénétique prend alors son envol. Les étals s’installent à vitesse grand V, les bouis-bouis s’affairent à préparer les collations du soir qui se dégustent en marchant dans les petites rues perpendiculaires aux grands axes. Les lumières des bars commencent à scintiller dans la nuit quand les rives de la Chao Praya se gorgent des locaux qui se délectent d’un dernier repas avant de rentrer chez eux. On se sent oppressé mais incapable de rentrer chez soi, la capitale nous happe et la vie nocturne trépidante offre de partager les émotions d’une journée si riche.

Alors on déambule dans les rues, on s’arrête pour recharger batteries et gosiers dès que possible. On s’enivre les sens. Le rooftop est devenu commun et la vue offerte sur la métropole grouillante rapidement masquée par les flashs des écrans géants. On souhaite se perdre dans ses quartiers et ne pas prendre de retour, on veut ardemment fondre pour ces locaux si accueillants, on aspire juste à respirer une nouvelle fois l’odeur de ses épices, reprendre une des dernières navettes fluviales, admirer la skyline en contradiction totale avec le Wat Arun flamboyant de nuit.

Demain sera un autre jour, tout sera semblable mais différent. Bangkok n’a dévoilé qu’une infime partie de son envoûtante richesse mais j’en suis déjà tombé amoureux.

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