Jeff Koons perçoit sa production comme relevant de l’incriticalité.

Quel plaisir donc d’écrire cet article critique !

Ca m’embête quand on me demande si j’aime Jeff Koons. La réponse n’est pas évidente pour moi : oui et non. Oh oh….suis-je en train de devenir schizophrène ?…. Ce qui est sûr c’est que je le préfère quand il se tait. Quand ce grand bonhomme brun, souriant toutes dents blanches sorties,  bien conservé, qui fait du sport, ne boit pas, ne fume pas, mange cinq fruits et légumes par jour arrête de parler. Oui Jeff, arrête, tais-toi s’il te plaît….

Ce n’est pas que je ne le trouve pas sympathique et drôle, j’apprécie même sa façon de prendre le contre-pied de l’artiste maudit : celui-là d’artiste il est heureux, se reproduit à tout va et désire vivre cent ans bien ancré dans la société et ses mœurs qu’il aime tant. Bien bien bien. Là, il est rigolo, il ne prend pas beaucoup de recul mais il est rigolo. Ca devient embêtant quand il commence à parler d’art, il devient même un peu dangereux. Ce qui est bête c’est qu’il en parle beaucoup. 

Voilà le problème : Jeff Koons crée des œuvres mais il ne s’arrête pas là, il tient aussi à assurer le rapport du spectateur à l’oeuvre. Il désire même ouvrir à partir de là une perspective politique (la perspective de la méga grande classe moyenne). Le consommateur, pardon le spectateur ne doit pas réfléchir en regardant ses œuvres, il doit juste prendre du plaisir, simplement, et c’est tout.

  1. je n’aime pas qu’on me dise comment je dois ou non regarder une œuvre
  2. l’artiste doit accepter de ne pas tout contrôler : l’oeuvre le dépasse, merci Barthes pour l’article plutôt radical « La mort de l’auteur ».
  3. tout bêtement quand je regarde l’oeuvre de Koons je ne prends pas de plaisir si je me refuse à la réflexion.

C’est vrai, les œuvres d’art bling bling, dorées, brillantes et lisses ne me rendent pas heureuse quand je ne fais que les regarder. Je dois réfléchir, créer des liens, détruire ces liens, recréer des liens avec la société, la politique, l’histoire de l’art, l’imagerie quotidienne, mes expériences, etc, etc…..  D’ailleurs en y pensant mieux je crois que, pour moi, le questionnement est intrinsèque à l’oeuvre d’art ; c’est ce qui participe (entre autre) à la distinction d’une œuvre d’un simple objet, une chaise ne produit pas en moi stupeur et tremblements- elle est jolie – pas jolie, pratique, voilà.

Sans le discours du maître, j’apprécie….la contradiction au sein de son œuvre.

Contrairement à ce qu’Il revendique, sa production n’est pas lisse mais complexe.

Son imagerie est d’ailleurs très riche, il utilise les œuvres classiques, la publicité, les objets banals, le sport, la pornographie, les magasines populaires, les jouets pour enfant, le kitch.

Dans sa production, Jeff Koons ne nivèle pas son imagerie. Il ne s’encombre pas du respect de l’histoire de l’art, il fait ce qu’il veut, il réduit à néant l’aura mystique des grandes œuvres : elles n’ont pas plus d’importance que les objets ou dessins de l’esthétique du quotidien. Certaines de ses compositions (en 3D ou 2D) fonctionnent comme des collages. Il s’agit de mettre côte à côte ces objets se référant à des esthétiques différentes. Cette juxtaposition s’ouvre particulièrement à de multiples interprétations.

Prenons ce tableau :

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 oui, il s’agit bien d’un tableau.

Jeff Koons, juxtapose des jouets d’enfants, de la nourriture, des éléments de publicité sur fond de paysage ébauché tout cela peint à l’huile de manière si parfaite qu’on prendrait presque ce tableau pour une photographie.

Il peint ces objets, ce non-vivant à l’huile faisant référence, à sa manière, aux natures mortes (sujet fondamental de l’histoire de la peinture) mais ces objets sont joyeux et insouciants, les couleurs sont vives et ludiques, la nature morte désacralisée et renouvelée. Le paysage ébauché rappelle les toiles de fond des portraits de la peinture traditionnelle : l’artiste obéit à la nécessité d’ancrer le sujet peint dans un lieu suggéré. Après un tel constat s’ouvrent irrémédiablement de multiples pistes  d’interprétation, les questions défilent : hommage ? critique ? … de la peinture classique ?… de l’esthétique de la publicité et des jeux d’enfants ? … de la société de consommation ? volonté de rapprocher l’art du divertissement ? vision ironique de l’imagerie contemporaine ? de ce que recherchent les spectateurs moyens ? provocation destinée à mettre mal à l’aise les professionnels de l’art ? transmission d’une manière de considérer la vie ? Pas de liste exhaustive possible. Chacun se pose sa ou ses propre(s) question(s), personne n’a la même histoire, le même parcours, on est tous différents… comme c’est beeeeau ! Arrêtez-moi je vais pleurer…

L’art c’est la liberté de répondre oui ou non à la question qui nous intéresse le plus et ainsi de choisir notre rapport à l’oeuvre.

L’art c’est aussi la liberté de répondre oui à toutes ces questions en même temps et de trouver le plaisir dans la contradiction.

La force de ces juxtapositions c’est bien de démultiplier les questions : on s’interroge sur une esthétique, sur l’autre, mais aussi sur le rapport des deux…. L’art de Jeff Koons, contrairement à ses affirmations, particularise le rapport à l’oeuvre. Ce qui est amusant c’est que même si on s’intéresse à ses œuvres qui ne mettent pas en scène directement la juxtaposition, l’objet d’art entre en contradiction-confrontation avec le milieu dans lequel il est exposé. Lors de l’exposition de Jeff Koons à Versailles cet aspect de son travail était particulièrement  accentué.

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Bien sûr, je comprendrais tout à fait que cet article vous laisse froid et distant,  que vous restiez étranger à mon analyse. Contrairement à Jeff je ne cherche pas à dicter une manière de penser :   vous préférez penser l’art de Koons par vous même ? Allez-y !  Mais….. ce faisant ne seriez-vous pas d’accord avec moi malgré vous?

Paradoxalement vôtre

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