Rappeur, slameur, ou les deux ? C’est la question à laquelle Abd Al Malik nous a habitué depuis le début de sa carrière. Entre son phrasé saccadé et ses caresses verbales, il est difficile de mettre une étiquette sur le flow de l’artiste. Mais dans ce cas-là que dire de son nouvel album Scarifications ?  Mélangeant totalement les genres, le dernier né de la discographie d’Abd Al Malik est signé Laurent Garnier. Oui oui, vous avez bien entendu Laurent Garnier !

UN MIX TECHNO ET RAP… DE QUOI LAISSER DUBITATIF NAN ?

Pour comprendre la rencontre de ces deux univers il faut pour cela revenir une petite dizaine d’année en arrière.  Un soir, Louis Chedid, voisin de Laurent Garnier à l’époque, déboule chez lui un disque à la main : Gibraltar (second album d’Abd Al Malik). Séduit, le DJ décide dans la foulée d’aller le voir sur scène. Récemment distingué aux Victoires de la Musique, le rappeur/slameur strasbourgeois est en train d’effectuer une tournée de concert. C’est lors d’un concert à La Maroquinerie, une salle de concert du 20ème, que Laurent Garnier fait sa rencontre.

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Se produit alors ce qu’on pourrait appeler un coup de foudre musical. Bien que leurs styles respectifs soient aux premiers abords très différents, les deux artistes se retrouvent dans la vision qu’ils ont de leur art. Une musique sans étiquette ! Une musique sans code ! Faire de la musique pour faire de la musique, pour partager une vibe, un message et non pas faire de la musique pour satisfaire les foules !

A la sortie de ce concert, les deux artistes sont certains d’une chose : dans un futur plus ou moins proche ils seront amenés à travailler ensemble. Cela ne se fait pas attendre ! Quelques mois plus tard, on les retrouve déjà sur scène à l’occasion du festival de jazz de Montreux. Pourtant, ce n’est que 7 ans plus tard qu’un véritable projet de collaboration voit le jour.

Et quel projet ! Car quitte à travailler ensemble, les deux artistes décident de ne pas faire les choses à moitié. En premier lieu, Laurent Garnier intervient sur une partie de la bande originale du premier film d’Abd Al Malik, Qu’Allah bénisse la France. L’expérience étant convaincante, ils décident de poursuivre l’aventure musicale et entament une seconde collaboration. C’est ainsi que l’on retrouve Laurent Garnier à la production sur Scarifications.

« OK POUR PRODUIRE TON DISQUE, MAIS AVEC LA MEME INTEGRITE, SANS TUBE FORMATE RADIO »

Lorsqu’Abd Al Malik fait ce choix, il sait pertinemment que ce n’est pas seulement pour donner une simple touche électro à ses textes mais pour leur donner une véritable identité. Laurent Garnier avait d’ailleurs mis en garde le rappeur/slameur strasbourgeois au début de leur projet : « Je suis avec toi, mais je ne t’emmènerai pas à la radio avec un single ou un tube ».

Les termes du deal définis, les deux artistes ont pu s’atteler à la réalisation de cet album. Fortement influencé par la culture underground de Detroit, Laurent Garnier a choisi comme à son habitude des sonorités plutôt froides et sophistiqués, si chères aux pionniers de la techno française. En même temps, avec un titre d’album aussi évocateur, il n’est pas étonnant que le thème musical de Scarifications soit particulièrement sombre.

SI LA MUSIQUE TOMBE EN ACCORD AVEC LE TITRE DE L’ALBUM, LES SUJETS ABORDES NE SONT PAS EN RESTE.

Ainsi, à travers les 13 morceaux de Scarifications, Abd Al Malik parle de toutes les blessures qu’il a pu accumuler au cours de sa vie. Cet album aborde donc de problèmes personnels comme l’amour dans Jamais Je T’aime, Love U ou encore Stupéfiant. Issu d’un des quartiers les plus difficiles de Strasbourg, celui du Neuhof, le rappeur/slameur raconte aussi toutes les épreuves qu’il a dû traverser dans C’est Comme Ça, A Contretemps et Initiales CC. Cependant, Scarifications ne peut se résumer à un album autobiographique. Avec Rain Man ou encore Allogène, Abd Al Malik nous fait quelques piqures de rappel sur la tolérance et le vivre ensemble, deux notions qui lui sont chères. D’ailleurs, pour la peine et parce que ça ne fait pas de mal en moment, je vous propose le clip d’Allogène.

Futuriste ce clip, nan ? Il est l’œuvre de Romain Cieutat. Ce jeune réalisateur parisien a choisi un univers avant-gardiste mais aussi très froid pour illustrer Allogène. Cette ambiance se retrouve dans les deux autres clips issus de l’album, Tout de noir vêtu et Daniel Darc. Mention spéciale au dernier cité qui m’a littéralement scotché lorsque je l’ai vu. La danse saccadée de cet Abd Al Malik version 3D appuie parfaitement cet hommage au chanteur du groupe Taxi Girl. Je n’ai donc pu résister à l’envie de le partager avec vous.

Avec Daniel Darc, Abd Al Malik rend ainsi hommage à un des artistes qui a le plus compté dans sa carrière. Débutant avec quelques notes de piano, le morceau reprend une partie des paroles de La Taille De Mon Âme du chanteur décédé en 2013. Scarifications a aussi été l’occasion pour Abd Al Malik de faire l’éloge d’une grande dame de la chanson française, Juliette Gréco. Dans un titre éponyme, le rappeur/slameur fait une tribune émouvante de celle qui a été pour lui une marraine tout au long de sa carrière.

L’audace, le réalisme et la finesse de Scarifications en font un album complet en tout point. Ce mélange subtil entre le flow d’Abd Al Malik et la techno de Laurent Garnier démontre une nouvelle fois le talent exceptionnel de ces deux artistes, qui n’ont pourtant plus rien à prouver !

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