Quelle nouvelle écrasante pour la création musicale quand le 10 Janvier 2016, la nouvelle de la mort du Thin White Duke, David Bowie, se répend dans les gros titres de la presse. Deux jours auparavant, l’éternel Ziggy sortait le dernier album de sa vie : Blackstar.

Par où commencer ? Cet album est avant tout un voyage, mystique, profond, personnel, marqué par des sonorités rares dans la discographie de l’artiste. Il fut annoncé par la mise en ligne du clip correspondant à la piste éponyme d’ouverture.

L’album est composé de 7 titres pour une durée totale de 41mn, ce qui le rend donc relativement court. Court, mais extrêmement dense, tant musicalement que textuellement. L’appellation d’album-testament donnée après coup par une partie de la presse spécialisée n’est pas si ridicule que ça dans le sens où le rapport à la mort et cette sorte d’inquiétude de la trace laissée au monde sont omniprésents dans les titres .

Dès Blackstar et ses 9’58, on affronte un morceau  littéralement déchiré entre une première moitié élégiaque, soutenue progressivement par un sax lancinant; et une seconde partie rappelant beaucoup plus au connaisseur les tonalités représentatives du monde de Bowie. Cette piste déjà si surprenante, et lourde, ouvre de façon résolument parfaite l’album dans le sens où elle constitue un effet d’annonce à ce qui va suivre, notamment pour le sax qui en restera la pierre angulaire, ainsi qu’un rattachement provisoire au jazztronica (jazz électronique autrement appelé nu-jazz).

Preuve étant faite, ‘Tis a Pity she’s a Whore et Sue (Or in season of crime) convoquent une batterie jazz, bien loin des rythmiques habituelles à Bowie. L’orientation musicale devient ainsi un élément autant déroutant pour n’importe quel aficionado qu’une source de plaisir à l’écoute attentive de la fusion faite entre l’empreinte vocale si particulière de l’artiste et l’univers de l’album en construction perpétuelle, jusqu’à même atteindre des phases d’éclatement par la frénésie instrumentale.

Lazarus ne sort pas du cadre installé, mais instaure une ligne de basse encore plus puissante et mémorable. Ce titre est sans contestation mon préféré, et il l’était à la première écoute (antérieure au trépas de Bowie) à cause principalement de l’instrumentale que je trouvais magnifique, mais en le réécoutant pour finaliser cette chronique, il a pris une toute autre tournure. Voici les paroles qui expliqueront bien mieux ce que j’entends par là

Look up here, I’m in heaven
I’ve got scars that can’t be seen
I’ve got drama, can’t be stolen
Everybody knows me now

Look up here, man, I’m in danger
I’ve got nothing left to lose
I’m so high it makes my brain whirl
Dropped my cell phone down below

Ain’t that just like me

By the time I got to New York

I was living like a king
Then I used up all my money
I was looking for your ass

This way or no way
You know, I’ll be free
Just like that bluebird
Now ain’t that just like me

Oh I’ll be free
Just like that bluebird
Oh I’ll be free
Ain’t that just like me

De quoi comprendre illico pourquoi je rattache directement l’expression de « chant du cygne » à cette chanson. Lazarus fait bien entendu référence au mythe biblique de Lazare et au thème de la résurrection . La musique et la carrière de David Bowie seraient-elles l’ultime moyen de le faire perdurer au delà de la mort ? Question rhétorique. Le tout premier couplet passe aujourd’hui comme une vérité complète :

« J’ai mon histoire, qui ne peut être volée, car tout le monde me connaît maintenant »

I can’t give everything away est le titre de clôture de Blackstar, il ne vient pour autant pas boucler la boucle, mais prend en revanche le contre-pied de l’ouverture. Blackstar était une piste très sombre, noyant peu à peu l’auditeur pour le préparer au reste des pièces à venir; au contraire I Can’t Give everything away va crescendo jusqu’à son final,  le titre est radieux, optimiste, ouvert. Il ne boucle pas la boucle car il ne ferme rien, il laisse envisager des titres après le 7e, et un album qui malheureusement ne sera jamais à venir. Tel que Bowie le réitère dans cette piste :  » Je ne peux pas tout donner  » , car la créativité est sans bornes, et cette 7e piste n’est pas une piste de fin, elle est tout au plus la clôture de cet album individuel et une phase supplémentaire dans la vie musicale de l’artiste.

Que l’on soit clair, Blackstar est un bijou. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains, et surtout pas dans celles des kiki ou des zoulettes qui ont pleuré la mort de Bowie en n’en connaissant uniquement que Let’s Dance car il était sur Singstar. Blackstar est un chef d’oeuvre de maturité artistique, un album extrêmement lourd de sens, la narration d’un présent qui ne sera plus pour toujours continu, et ce avec beaucoup de clairvoyance. Cet album s’écoute au casque, et doit faire témoigner l’envie de voyager une dernière fois avec cet humain de talent, d’intelligence et de créativité qu’était David Bowie.

Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack, Thin White Duke et enfin David Robert Jones, merci pour tout, car rien n’est fini.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s