Un an à peine après le bruyant mais merveilleux Vice-Versa, Le Voyage D’Arlo, dernier film des studios Pixar, débarque discrètement au cinéma. Alors que Vice-Versa avait envahi le système promotionnel avec une communication digne d’un chef-d’œuvre (qui a tenu ses promesses), Le Voyage d’Arlo, lui, sort sobrement sa grande tête comme n’importe quel film d’animation pour enfant à l’approche de Noël.

Mais ce film ne peut être quelconque puisqu’il est signé par les studios Pixar ! Pas d’amalgame avec Disney, qui n’est ici qu’un producteur et qui sort de temps à autres des films de ses propres studios (La reine des neiges par exemple). Pixar, c’est un studio à part, et Le Voyage d’Arlo nous le prouve une fois de plus.

Et si les dinosaures n’avaient jamais disparu de notre planète Terre ? C’est l’idée de départ du Voyage d’Arlo. L’histoire donc d’une famille de diplodocus (seuls les experts de préhistoire sauront me reprendre si je nomme mal ces grosses bêtes), qui cultive sa petite ferme. Deux parents et trois enfants participent à l’entretient de leur vie paisible et de leur petit jardin. La petite maison dans la prairie, version dino. Parmi eux Arlo. Lui est différent, il est frêle, petit, peureux, mais lui aussi aimerait « laisser sa trace » sur ce vaste monde. Poussé par les remontrances de son père, Arlo recherche les initiatives pour obtenir la reconnaissance de ses parents. Après un concours de circonstances malheureuses, Arlo se retrouve à plusieurs dizaines de kilomètres de chez lui, l’obligeant à traverser des terres inconnues pour rentrer à la maison. Il débute un long voyage initiatique, chargé d’imprévus, de rencontres et d’aventures. (Un voyage à l’image de nombreux scénarii de Pixar : Le monde de Nemo, Là-haut, 1001 pattes, Vice-Versa, etc…).

Alors oui, il faut le reconnaître, tout ça semble très enfantin, et ça l’est. Mais pas que. Le Voyage d’Arlo, comme tous les films de Pixar, ne mérite pas qu’on s’arrête à l’affiche, à la vitrine, à la partie visible de l’iceberg. Il mérite qu’on le fouille, qu’on s’y plonge, qu’on en comprenne les références. Il mérite qu’on échappe au scénario, qu’on lui porte un regard d’adulte, qu’on l’estime.

La deuxième lecture du Voyage d’Arlo, sautera alors assez vite aux yeux de n’importe quel amateur des dessins animés Disney des années 90. Le Voyage d’Arlo est un hommage ultime au film mythique Le Roi Lion.

Petit rappel : Le Roi Lion – 1994, les studios Disney nous racontent l’histoire de Simba, futur roi de la savane, impatient et admiratif de la bravoure de son père puissant. Il est question de peur à affronter, de relation entre un père et un fils, de découverte d’un monde inconnu ; soit exactement les mêmes sujets que dans Le Voyage d’Arlo. Et ce n’est qu’un début, car tout y est ! Voici quelques exemples des points communs et similitudes entre les deux films.

Le décès du père sous les yeux du fils impuissant et responsable (pardon pour le spoiler) ? Présent dans les deux films. La rencontre des trois hyènes écervelées et affamées ? Pixar invente ici deux trios de méchants tout aussi stupides et vilains. L’instant nocturne privilégié entre le père et son fils en train de regarder les étoiles dans Le Roi Lion ? On le retrouve chez Arlo, sous la forme de lucioles certes, mais les rires sont les mêmes, l’image aussi. Enfin, tout le monde se souvient de la course effrénée de Simba au milieu d’une horde de gnous ; et vous l’aurez compris : cette scène aussi (ré-)existe dans Le Voyage d’Arlo. Le vice est même poussé jusqu’à refaire des plans très précis du film de Disney. Un dernier exemple, parmi tant d’autres : alors que feu Mufasa (père de Simba dans le Roi Lion), réapparaît sous forme d’hallucination nuageuse à son fils perdu et indécis (« N’oublie pas qui tu es ! »), Arlo, lui, est sauvé par l’image mentale de son père qui vient le sortir d’une situation délicate.

Devant Le Voyage d’Arlo, on pourrait facilement s’accrocher à des références comme L’Age de Glace, ou Petit-Pied le Petit dinosaure (pour les plus connaisseurs), mais ce serait une erreur. L’hommage au Roi Lion, ici, n’est pas annoncé, pas évoqué, mais il est, selon moi, clairement assumé. Si j’utilise le mot hommage, c’est parce que Pixar ne fait pas que grappiller quelques idées, le studio s’appuie clairement sur les bases scénaristiques, les enjeux et l’esthétique du chef d’œuvre de leur producteur qu’est Disney. Mais pourquoi ? J’y vois personnellement une façon de passer le relai. Fini l’époque des grands films en dessins animés, dorénavant, Disney mise entièrement sur Pixar pour créer des œuvres en animations 3D, films pour enfants, certes, mais films intelligents.

Le Voyage d’Arlo n’est manifestement pas le plus innovant de la collection Pixar, mais il montre encore une fois les qualités de ces studios. Chaque film de Pixar rayonne par une idée originale et saisissante. Chaque film explose d’une esthétique reconnaissable entre mille. Chaque film est une leçon de regard, d’émerveillement, de double lecture, de triple lecture, de quadruple, de références, d’indices dissimulés derrière une belle toile de couleurs. Chaque film (longs ou courts) est une prise de risque. Chaque film est une enquête pour celui qui ne veut pas juste y voir un divertissement pour enfant. Les films Pixar, (on ne le dira jamais assez), ça n’est pas que pour les enfants ! Mais il faut reconnaître que les enfants qui abordent le cinéma par les créations Pixar, prennent un joli départ de cinéphile.

Le Voyage d’Arlo, une fois de plus, n’est que le maillon supplémentaire d’une chaîne de chefs-d’œuvre en marche depuis 20 ans, à la sortie de Toy Story. Il est à voir et à comprendre au sein d’un ensemble de films qui intègrent le film d’animation dans la grande famille du septième art. L’animation que nous devrions arrêter de regarder de travers, comme si il avait un statut particulier, comme si ça n’était pas du cinéma. Au contraire, le film d’animation c’est sans doute un des genres les plus intergénérationnels, intemporels et infinis. C’est le genre de tous les possibles et de tous les rêves. Alors Arlo ? Merci.

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