Alexis Pichot / Ecrire la Lumière

 « photo- » (φωτoς, photos : lumière, clarté) — « qui utilise la lumière ».
« -graphie » (γραφειν, graphein : peindre, dessiner, écrire) — « qui écrit ».

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«Ecrire la lumière » en cette définition étymologique de la photographie réside l’essence même du travail d’Alexis Pichot qui interroge les liens entre photographie, peinture et performance. Héritier des photographes du début du XXe qui expérimentaient différentes techniques directement liées à une nouvelle utilisation de la lumière comme Man Ray avec ses Rayogrammes, Alexis Pichot crée grâce au « light painting »  des constructions visuelles incandescentes et place la lumière au cœur même de notre perception.

Ayant d’abord fait carrière comme décorateur d’intérieur Alexis Pichot à débuté en 2011 ses expérimentations lumineuses avec sa première série La révolution parisienne ou il enflamme  matériaux et  mobilier urbain puis saisit grâce à la photographie l’éphémère transformation de ces objets. Certains de ces gestes rappellent la série Colère initiée par Arman dans les années soixante et particulièrement Le fauteuil d’Ulysse de 1965 où l’artiste carbonise une chaise. Alexis Pichot embrase les objets au sein de la ville, néanmoins, ces flammes dansantes et électrisantes sont pour le photographe source de vie plus que de destruction.

Il poursuit son parcours photographique en construisant d’autres séries utilisant le light painting telles que Les armées lumière (2012-2013), Light & Paper (2014) ou Patrimoine enchanté en collaboration avec la RATP (2015). Il conçoit ses créations en temps réel lors d’une seule et même prise de vue maîtrisée méticuleusement. Ses interventions lumineuses sont réalisées grâce à une technique photographique proche de la performance. Pendant un temps d’exposition assez long et au sein d’un environnement sombre Alexis Pichot déplace des sources lumineuses de différentes couleurs et intensités pour créer un univers aux lueurs personnelles. La photographie obtenue révèle alors toutes les empreintes lumineuses de ces actions éphémères qui ne laissent pas de traces visibles et pérennes in-situ. Grâce à cette technique les lieux abandonnés sont mis en mouvement et redessinés. Ces espaces immobiles et  déshumanisés reprennent vie au travers des mouvements du photographe définitivement ancrés dans les prises de vue.

Tout est dans l’art de bien éclairer. J’essaie de mettre en valeur le site par de petites touches de lumière, avant de réaliser mes figures. Cela demande beaucoup de concentration, il faut être parfaitement synchronisé et précis dans ses gestes, afin de dessiner une ligne fluide et continue. Je dois aussi faire attention à ne jamais m’éclairer, pour ne pas apparaître dans l’image finale. C’est aussi cette gestuelle qui me plait, c’est une vraie performance en soi, et le résultat reste toujours une surprise. Comme je ne retouche jamais mes images je fais en sorte que tout soit le mieux possible dès la prise de vue !

Grâce à l‘utilisation de matériel électrique ou en faisant usage du feu, source lumineuse la plus primaire, il propose une nouvelle vision de ces espaces ou objets urbains. Ainsi, il ne cherche pas à modifier l’esthétique même du lieu mais à « créer un récit autour de celui-ci ».

Alexandre Liebert, réalisateur et vidéaste, a découvert le travail d’Alexis Pichot, et notamment la série La révolution parisienne et a ressenti l’envie de voir ses photos s’animer. Dans la vidéo « l’Allée verte »* Alexis Pichot fait courir une flamme grandissante le long de la Seine. Pendant quelques instants le film permet de saisir une action éphémère, de capter le passage de l’immobile au mouvement, de l’inexistant à l’existant. Pour le photographe, la flamme symbolise de façon calme et violente notre énergie intérieure, elle incarne une entité toujours en mouvement, se nourrissant de ce qui l’entoure de façon semblable aux individus.

C’est en écoutant notre feu intérieur que nous pouvons vivre pleinement. En l’attisant plutôt qu’en l’asphyxiant. Ce feu n’est pas destructeur mais représente la vie qui nous anime : la flamme habite notre corps sans jamais consumer ce qu’elle explore, il en est de même pour mes images. Un voyage intérieur nécessite souvent une révolution, afin de se connecter à soi même. La mienne s’est opérée lorsque j’ai décidé d’arrêter mon activité de décorateur d’intérieur pour me lancer dans la photographie. D’intenses émotions ont nourri cette flamme que j’ai imagée en créant cette série photographique.

La pose longue reste mais la chorégraphie même occupe une place primordiale dans l’œuvre. La photographie n’est que le résultat d’une action passagère et transitoire, elle est un outil de témoignage. Elle est un medium mais ne constitue pas seule l’œuvre en soi, elle restitue le souvenir d’un instant et d’un ensemble d’actes artistiques.

Les photographies d’Alexis Pichot hypnotisent comme le mouvement des flammes, comme la contemplation d’un feu et sont source d’interaction émotionnelle. Au travers de ses images étincelantes il nous propose un temps de méditation et de réflexion sur l’action de l’homme et de l’artiste dans son environnement en perpétuelle mutation. Pendant un court instant la ville s’embrase, l’architecture s’illumine et ce travail devient un instant de poésie visuelle  au sein d’une société de plus en plus virtuelle et connectée.

Vidéo / Animation : Alexandre Liebert
Photos : Alexis Pichot

http://www.alexispichot.com

Écrit par Margault Lamoureux

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