Au pays des Reines

Le film est long. Voilà, la critique est faite. Pouvons-nous à présent encenser sans retenue le nouveau long métrage, Mon Roi, de la très énigmatique et surprenante Maïwenn ?

Non ! Car au milieu d’un petit chef –d’oeuvre, Maïwenn sème des petites pilules, agaçantes ou exaspérantes, celles qui font monter les yeux au ciel. Ce petit bouquet de défauts charmants au milieu d’un film séduisant.

Oui, séduisant, du moins troublant. A la fin de « Mon roi », regardez le générique, sans le lire, sortez tranquillement de la salle et ne vous perdez pas dans vos pensées : regardez à droite et à gauche pour traverser prudemment la route qui longe le cinéma. Georgio et Tony vous y penserez plus tard, dans le métro par exemple ou chez vous, calmement, assis comme après un bon uppercut, en silence. Ces personnages vous y repenserez forcément.

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Dans votre siège en velours vous avez un peu été assommé par cette histoire. Celle que tout le monde connaît, plus ou moins, de près ou de loin. L’histoire de « Mon Roi », c’est celle qu’on a vu enfant, celle qu’on a vécu adolescent, celle qu’on a évitée adulte, celle de notre meilleure amie, celle de notre sœur. C’est l’histoire de notre copain, celui qui parle plus fort et sait faire taire d’un seul regard. C’est l’histoire qu’on est en train de vivre sans vraiment sans rendre compte. En fait c’est celle de n’importe quel Homme, au grand H, amoureux. C’est la loi du plus fort, du plus habile, la loi de l’attirance, de la fascination et du mystère. Voilà, l’histoire de ce film c’est ce qu’il est : fort, habile, attirant, fascinant et mystérieux. Tout un tas de choses qu’on déteste pour finalement en adorer le tout.

Tony, interprétée par Emannuelle Bercot et sa charmante quarantaine passée, se retrouve après un accident de ski, enfermée dans un centre de rééducation. Seule (oublions ses quelques potos, trop jeunes, youtubeurs et sportifs pour être crédibles), son genou explosé et sa dépression. Cette petite dépression discrète, nous renvoie via un dialogue irréaliste avec une psy enfantine, vers le passé. Celui de Tony et celui de Georgio : à leur amour. Merci Vincent (Cassel) de donner tes traits à ce personnage insupportablement plein d’assurance violente et glaçante. Sans toi Vincent, sans ces yeux fins, sans cette voix virile, Geogio serait méchant. Là il est fascinant. Méchant et fascinant : l’idéal pervers narcissique d’après Maïwenn.

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C’est ainsi que commence une histoire d’amour : une rencontre, plein de sexe, des rires et puis un mariage, un enfant, une maitresse, de la drogue et puis des larmes, de la morve, une tentative de suicide, un divorce, et voilà. Tout y est. C’est basique ; mais au milieu de tout ça, un bel ingrédient magique : la subtilité. Celle de la réalisatrice. Celle des acteurs aussi, des regards, des non-dits, des coups sans violences. Le naturel, propre à Maïwenn et la part d’improvisation, offrant un phrasé d’acteur incomparable, apporte alors toute la crédibilité nécessaire à ce couple immature. L’histoire la plus banale en devient séduisante.

Ils sont beaux, heureux et riches. Riches, riches, tellement riches. Pourquoi un conte si beau, si unanime, s’installe dans le cercle si restreint d’une haute catégorie sociale parisienne ? Ou Maïwenn ne sait plus qu’il existe des histoires d’Hommes ailleurs qu’entre 3 murs trop blancs et une baie vitrée plein sud et tour Eiffel, ou il est manifestement plus simple de ne pas se soucier de l’argent quand on vit une histoire d’amour trop compliquée. Il est tellement simple de s’acheter un studio à 1 million, cuisine américaine et cave à vin, pour fuir sa petite famille envahissante et sa femme au bout du rouleau. Alors que tout semblait stable, l’image dégouline d’un argent presque sale qui réussi à nous faire passer Louis Garrel pour un prolo. Bel exploit.

C’est habile en revanche de prendre son temps. Ne pas chausser trop vite les gros sabots de la relation destructrice, mais avancer doucement. Trop doucement peut-être. Au bout d’une heure et demi, on sait, on sait tout. Maïwenn continue pourtant, persuadée qu’elle a encore quelque chose à nous dire. Mais non. Tout est joué. Tout est mort, on veut la chute. La chute est au début, certes. Une belle chute blanche et invisible à la Schumacher. La vraie chute est à la fin.

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Alors qu’on s’impatiente presque devant le malheur de Tony, qu’on est à deux doigt de se lasser de ses mouchoirs trop pleins et de son gamin trop parfait, Maïwenn nous amène à une conclusion. Dans un face à face, non, un côte à côte glacial, la puissance muette du cinéma prend vie : une barbe, une montre, un sourire, quelques mots d’une politesse forcée, le tout en gros plans. Cette fin n’est qu’un début, un re-début, une rechute, un hymne à la fascination amoureuse, une excuse à tous les manipulateurs du monde. Cette fin est la rédemption d’une femme guérie prête à retomber dans la neige de la vie. On peut être déçu tout le film et, en 4 minutes de mise en scène et le talent d’un montage intelligent, le film reprend toute sa hauteur et toute sa légitimé. Celle de faire partie d’un nouveau cinéma français ambitieux et prometteur. La légitimité d’une réalisatrice aux compétences agaçantes et aux défauts séduisants.

« Mon Roi », titre prétentieux et misogyne ? Oui. Mais rien ne pourrait mieux habiller ce film. Vincent Cassel, est un vrai roi parmi les comédiens français, Emmanuelle Bercot fût la reine de Cannes, Maïwenn est encore une jeune princesse qui dirigera surement une belle partie des terres de la mise en scène française.

Écrit par Arthur Patain

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