Automatic Writing / William Kentridge

 

« La poésie automatique sort en droite ligne des entrailles du poètes ou de tout autre de ses organes qui a emmagasiné des réserves. »

Jean Arp, 1948

William Kentridge, n’est pas un artiste surréaliste : il rend hommage à la pensée d’André Breton dans ce court film d’animation réalisé en 2003.

La vidéo s’ouvre sur un siège vide face à une table blanche, évocation de la fameuse page immaculée, d’où s’est absentée notre ancienne amie l’Inspiration. Qu’aurait-elle pu encore dire aujourd’hui ?
Des lignes apparaissent seules, mystérieusement, s’effacent,  les traits, comme vivants, effleurent la feuille, semblables à la fluidité des idées évanescentes des états de semi-conscience. Rêve éveillé ?

La caméra s’est approchée de la table blanche, on oublie l’objet, on oublie la perspective, il ne reste que l’écran et la matière du fusain et ces lignes qui continuent, tracent leur chemin puis comme au hasard-une rencontre de dynamiques-elles écrivent….. Automatic Writing….

Les images alors se succèdent, la page ou l’écran se remplit de mots qui se superposent, se masquent.. doit-on essayer de les déchiffrer ou apprécier leur qualité plastique qui s’inscrit dans l’élan de la fuite ? Cette eau n’en finira jamais de se glisser entre nos doigts.
Le trait de l’écriture se retrouve dans les dessins d’immeubles, il n’écrit plus, il tisse des liens inexpliqués entre les fenêtres. Inexpliqués, dis-je, car ils se réfèrent à une logique que je ne peux pas comprendre, ils miment cette inconscience qui nous devance en permanence et relie, en démiurge, ceci avec cela.
Les images réalistes sont toujours en danger, elles se transforment en permanence, des déformations physiologiquement impossibles, le mimétisme défaille, seule prime la vraisemblance du fonctionnement de la pensée toujours en évolution.
On ne peut pas- on ne doit pas s’arrêter ; le réalisme de l’image est déjà submergé par ces mots en désordre. L’image se noie, William Kentridge s’amuse. Il réalise un collage éphémère-une nouvelle association qui a déjà disparu. L’artiste se prête au jeu des surréalistes, au delà de la mise en scène de la pensée de l’automatisme, il l’utilise ou fait semblant, au sein de son montage.

La dernière image du film révèle le personnage qui rêvait, alter ego de l’artiste, assis sur la chaise qui était vide auparavant.
Il dort, et repose sur la table blanche, est-ce dans cet état qu’il peut réellement toucher au « réservoir sans fond d’une imagination créatrice » ?
William Kentridge, lui, dormait-il alors qu’il dessinait cet homme qui n’est plus tout-à-fait lui ?

Écrit par Margaux C-M

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