Hans Zimmer / John Williams : Cristallisation & Catalyse

Musique et cinéma : deux arts aux points de départ très éloignés, mais qui parfois se touchent aujourd’hui, voir même se confondent. Les compositeurs de musique de films incarnent un de ces points de fusion.

Williams / Zimmer, deux noms, deux visages, deux personnalités qui pour moi, illustrent comment la musique a pu s’imposer en tant qu’élément constituant indispensable à la bonne réalisation d’une œuvre cinématographique. Ces deux-là ont composés des œuvres pour de grands films, et ils ont l’un comme l’autre travaillé avec les plus grands. Citons la très célèbre et très prolifique collaboration de John Williams et Steven Spielberg, de laquelle sont nés de véritables chefs d’œuvres comme La liste de Schindler ou la saga Indiana Johns. De l’autre côté, si Inception et Interstellar se démarquent entre autres par leurs bandes son, c’est qu’il s’agit du fruit de la collaboration d’Hans Zimmer et de Christopher Nolan, bien plus récente mais non moins prometteuse. Les présentations étant faites, rentrons dans le vif du sujet.

LE STYLE

Bien qu’ils aient l’un comme l’autre réussi à marquer les esprits par leur musique, je pense personnellement qu’ils évoluent sur deux catégories bien distinctes.

John Williams est ce que j’appelle un compositeur de thèmes. C’est un génie du thème musical, qui peut incruster à vie une ligne mélodique dans n’importe quel esprit. Star Wars, Jurassic Park, Indiana Jones, E.T… vous voyez où je veux en venir ? Une association automatique se fait entre le titre du film et son thème musical. Au-delà de son caractère indélébile, c’est le côté systématique et universel de l’opération qui fait la force de John Williams. Il y a une sorte de consensus sur ces thèmes musicaux que l’on a tous fredonnés ou sifflés un jour dans sa vie. Son autre facette est l’aura et l’influence qu’il peut avoir à travers sa musique sur la réalisation des films. Pour Les Dents de la mer (« Jaws » pour les puristes) par exemple, c’est John Williams qui, suite à un problème technique, convint Steven Spielberg de seulement suggérer l’animal par le point de vue et par la musique. Grande source d’angoisses à l’époque, aujourd’hui il suffit simplement du motif de deux notes que nous connaissons tous pour reconnaitre le thème si emblématique.

Hans Zimmer a un style très différent, et même si certains de ses thèmes sont reconnus, ce n’est pas là que réside son véritable talent. Il est selon moi un de ces compositeurs qui arrivent à distiller une ambiance, une sensation et à la retranscrire parfaitement en musique. Là encore une association se forme, mais différente cette fois. Il s’agit de l’apposition d’une émotion ou d’un ressenti sur le son. Cette combinaison laisse une empreinte particulière sur le spectateur. On n’écoute pas du Hans Zimmer pour la mélodie, mais pour recréer cette sensation, pour remettre en contact l’empreinte et sa source, pour trouver la satisfaction d’un vide comblé. Pour moi c’est par exemple un mélange complexe à base de tristesse et de soulagement au son d’Honor him (Gladiator), ou encore de calme et de sérénité à chaque écoute de Time (Inception). Le coté très subjectif de la chose apporte une beauté et une certaine subtilité à la musique de Hans Zimmer. Dans le monde du cinéma, ce talent est inestimable car c’est ce qui donne à une œuvre ce petit truc en plus, qui fait la différence entre un bon film, et un film qui vous marque profondément.

LA FORMULE

Y a-t’ il une recette miracle pour composer des thèmes musicaux qui se cristallisent dans les mémoires ? Un procédé musical peut-il catalyser la sensation induite à l’écoute d’une piste ? La réponse est évidemment non. Ce qui induit ces effets est heureusement beaucoup plus profond et fait intervenir beaucoup d’autres éléments : la tension scénaristique, la réalisation… Néanmoins comme chaque artiste, ces deux compositeurs ont chacun leur « patte », ce style qui les démarquent des autres et qui sont un des mécanismes de ces procédés.

Pour John Williams nous nous trouvons dans un univers orchestral plutôt classique, avec comme singularité une omniprésence des cuivres, dont la répétition de notes brèves en série (des appels), est caractéristique de ses compositions. On en trouve par exemple dans l’introduction de Raiders march (Indiana Jones), dans le thème principal de Star wars ainsi que dans beaucoup d’autres. Si l’on devait stéréotyper le style de John Williams, ce serait de longs thèmes composés le plus souvent de deux phrases mélodiques, la première énoncée aux cuivres et la deuxième aux cordes. Le tout serait soutenu par des bois discrets avec cymbales et timbales venant équilibrer cet ensemble qui alterne entre puissance et souplesse au fil des pistes. Aussi efficace soit ce modèle, les quelques bandes originales qui s’en éloignent (Amistad / La liste de Schindler…) sont à mon avis également ses plus belles.

Les compositions d’Hans Zimmer ont de manière générale des sonorités beaucoup plus récentes et beaucoup plus travaillées. Là où John williams se concentre sur l’harmonie et l’équilibre de la composition symphonique, Hans Zimmer façonne, construit le son jusqu’à obtenir la nuance ou l’effet recherché : on parle de sound design. Pour cela, il n’hésite pas à associer la musique instrumentale à la musique électronique ou encore à faire jouer son sens de la démesure si nécessaire. L’objectif est d’arriver finalement à une composition de sons sur mesure qui, au-delà de fournir un certain cachet, se combine à l’image et devient vecteur de sensations. L’un des meilleurs exemples est cette répétition d’un même motif avec de faibles variations, dont l’intensité orchestrale et sonore grimpe pour atteindre un climax puis s’éteint pour laisser le spectateur/auditeur reprendre son souffle. Ce schéma est très récurrent dans le travail de Hans Zimmer : Chevaliers de Sangreal (Da Vinci code), Time (Inception), No time for caution (Interstellar) (qui est en passant un pur chef d’œuvre), et bien d’autres.

L’important dans une bande originale, c’est qu’elle puisse apporter au film les éléments que l’image seule ne possède pas. C’est une composante à part entière de la création artistique inhérente au cinéma. Par cristallisation ou catalyse, John Williams et Hans Zimmer réussissent l’exercice avec brio, et réalisent ainsi des œuvres qui acquièrent une véritable identité au-delà des films qui les ont vues naitre.

Écrit par Guillaume Julien

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