Interview / XIXA : une pyramide Rock dans un désert de Cumbia

Imaginez traverser un désert, une étendue sauvage aux mille couleurs. Dans une émulsion de vie et d’énergies sans pareil, il n’aura jamais été plus agréable de s’allonger au milieu des cactus. Un bonheur que Xixa nous livre dans leur parade musicale brûlante.

Remontons près d’un an en arrière. Le 11 mai 2016, six pistoleros venus de Tucson en Arizona me balancent tout droit dans un nouveau monde. Moi qui ai vu un nombre incalculable de concerts et d’artistes fabuleux depuis mon tout premier — ZZ Top, à quatre ans —. Cette soirée à La Flèche d’Or… disons que j’ai probablement fait le plus beau voyage de ma vie.

La chance c’est que nous avons pu les rencontrer six mois plus tard, à l’occasion de leur passage à FIP Radio le 3 novembre. Un entretien de quarante minutes avec Gabriel Sullivan et Brian Lopez, les chefs de la bande qui se sont montrés très disponibles et accessibles, aura conforté mon sentiment. On touche à quelque chose de naturellement exceptionnel.
Je vous propose un résumé de cette interview filmée et vous livre mon impression qui sera bien personnelle, tant ce groupe a la capacité de puiser en nous de profondes émotions.

A l’origine en 2011, Xixa s’appelle Chicha Dust. Les bandidos reprennent les classiques de la Cumbia colombienne et de la Chicha péruvienne en y apposant tout de suite leur patte. Une marque bien particulière. Celle d’un rock lourd, psychédélique et fiévreux. Certains d’entre eux ont pas mal roulé leur bosse auparavant. Gabriel Sullivan et Brian Lopez, en plus de leurs différents projets personnels, jouent depuis des années avec le fameux Howe Gelb — dont il ne tarissent pas d’éloges — dans Giant Sand. Winston Watson, le batteur, a tourné avec Bob Dylan et Alice Cooper après avoir fait partie de la scène Metal des années 80. Et bien qu’il ne connaisse alors ni Led Zeppelin ni Black Sabbath, le jeune percussionniste Efrén Cruz Chávez a la musique latine dans le sang!
Le claviériste et accordéoniste Jason Urman, ainsi que le bassiste Geoffrey Hidalgo, ou le frenchy « Hikit » Corbel — c’est selon —, complètent le tableau.

L’alchimie opère naturellement. Et la magie, elle, jaillit avec le premier EP de Xixa « Shift And Shadow« , sorti le 13 novembre 2015. Tiens… Du chaos naissent les étoiles…
C’est en février 2016 que le groupe nous ouvre entièrement les portes de leur désert. L’album « Bloodline » est une chimère volante, une divinité inca qui chante à travers les vapeurs d’un cactus en flammes. En dix titres, le gang est parvenu à fusionner d’une façon unique l’enchantement baroque de la Chicha avec la puissance du Desert Rock. Totalement mystique. Tout fait penser à une danse joyeusement macabre. En mêlant les saveurs latines de la Cumbia, l’épaisseur du Rock et une touche d’Americana, les six hommes en noir confèrent à leur aridité lugubre et psychédélique un aspect décalé, enivrant. Lumineux.
Tout est enregistré, mixé, masterisé par leurs soins dans leur propre studio Dust & Stone à Tucson.

 

Sur scène, le mystère est palpable avant même qu’ils ne montent. Leur énergie rôde entre les amplis et les guitares… Simples, sobres. Mais puissamment charismatiques, tapis dans une fumée chaude et obscure. Un brassard rouge sur des tenues noires de chasseurs de primes. Leur symétrie — décidément récurrente à travers leur pochette et leurs clips vidéos Vampiro ou Shift And Shadow — en double triangle confère à leur complémentarité un caractère mystique. Cette imposante présence, elle se dégage naturellement. Elle est communicative! Et ça vous laisse coi.
Les chamans ne parlent pas entre les chansons, préférant rester enveloppés dans leur monde, drapés de leur magie énigmatique et organique. Mais l’échange avec le public est bien là. Profond même! A l’image de de la nature, leur langage réside dans l’universalité, dans l’invisible. Xixa se vit plus qu’il ne se raconte. C’est un monde dans lequel les énergies mystiques de la Nature se rappellent à nous.
Je comprends désormais pourquoi j’ai eu tant de mal à rédiger cet article. Apposer des mots pour retranscrire l’univers de Xixa, c’est un peu briser la magie quelque part. J’ai la sensation de marcher sur une terre sacrée, de fouler un sanctuaire.

La sensation. Voilà, c’est ça! On sent la Nature. On ressent notre force vitale bouillonner sous nos pieds, remonter dans nos veines jusqu’au ventre, jusqu’au coeur. La tête, elle lâche. Complètement. Elle s’abandonne pour suivre les ondulations du corps. Elle est partie. Ailleurs, dans une autre dimension…
Je me rappelle d’une fois bien particulière où j’ai écouté les deux albums. L’été dernier: au casque afin de profiter pleinement des subtils arrangements et du magnifique travail de spatialisation, les mains et les pieds baignant dans la piscine, cramant au soleil sous mon galurin. Cela va paraître étrange, mais j’ai littéralement flotté à l’intérieur de moi-même… Cette musique est aussi aquatique qu’elle est aérienne. Le ciel se reflète bien dans l’eau non?

Xixa c’est une pulsion de vie, ni plus ni moins.

L’environnement dans lequel ils vivent, les origines latines et la scène musicale de la région, leurs influences — Sullivan parle de Howlin Wolf, de Townes Van Zandt, Lopez des Beatles, de leur « mentor » Howe Gelb bien sûr —… Tout cela se mélange et est naturellement filtré pour donner cette Goth Cumbia.
Chaque chanson constitue en fait un tableau où Xixa peint des paysages, des scènes, créant ainsi la vision abstraite d’une explosion riche en vie. On survole de grands espaces éclaboussés de couleurs magnifiques! Comme une illustration sonore et luxuriante du désert.

Lorsqu’on écoute Dead Man, le temps s’arrête. On devient un aigle, un esprit flottant dans de le cosmos. On ressent un apaisement et un relâchement profond, comme au moment de l’abandon de soi. Mais il n’y a rien de mortifère ou de pessimiste là-dedans. La chanson nous enveloppe dans ses vapeurs et nous plonge dans un songe, entre réalisme et mythologie, où il est question du temps, de l’histoire. Une histoire extra-humaine, d’une vie primordiale presque. On y retrouve une hérédité perdue. Brian Lopez observe d’ailleurs un rapprochement avec le film mystique du même nom réalisé en 1995 par Jim Jarmusch. Ce qui est assez curieux, comme quoi il n’y a pas de hasard, c’est que j’ai récemment lu L’Appel de le forêt de Jack London… Le parallèle est plus que frappant sur ce point là!
Le groupe s’inscrit ainsi dans un courant profondément romantique.
D’autre titres comme Down From The Sky ou Living On The Line revêtent également cet aspect contemplatif et chamanique, où tout semble réduit à l’état d’essence.

Your eyes fixed to the stars […] Your feet fixed to the earth

The devil made a deal and took the life I had […] I want the life I had

xixasmall

Vivre sur la ligne, mourir sur la ligne. La lignée de sang…
La géométrie résonne aussi bien sur le plan musical que visuel dans l’esthétique de Xixa. Cette profondeur dans les racines, ces yeux tournés vers les cieux, cet appel aux origines antiques… Cela a été brillamment restitué par Daniel Martin Diaz lorsqu’il a réalisé l’ensemble de la charte graphique, clips inclus! Son monde ésotérique et métaphysique, épris d’iconographie anatomique, byzantine et alchimique, a littéralement conféré une dimension occulte au groupe.
Ne serait-il pas possible d’entrevoir une certaine symbolique, notamment précolombienne, sur la pochette de « Bloodline »? On y observe six gouttes de sang, une Lune rouge, un imposant triangle noir — la pyramide de la Luna? — masquant le Soleil mais pas son éclat doré sur un désert représenté en symétrie, des lignes géométriques formant deux hexagones, dont un étoilé. Sans compter que les X de Xixa s’apparentent à des sabliers sans fond. Mais peut-être est-il préférable de laisser cela ainsi, même s’il est sans aucun doute question de lien mystique, voire d’harmonie, entre le terrestre et le céleste. J’ai bien ma petite idée… Je vous laisse néanmoins réfléchir. Préserver le mystère c’est en quelque sorte préserver le sacré non?

C’est surtout offrir au public la possibilité de s’approprier leur musique comme il l’entend. Et puisque la vie est bien faite, Xixa vient de débuter une nouvelle tournée européenne. Vous aurez ainsi l’opportunité de les voir le 5 avril 2017 au Point Ephémère à Paris! Je m’attends d’ailleurs à être encore surpris puisqu’un second album est en préparation depuis février. La pyramide n’a pas fini de s’élever… Ni de livrer tous ses secrets.

« A plus dans les cactus! »

http://www.xixamusic.com/

http://barbesrecords.com/

http://label.glitterhouse.com/

Écrit par Adrien Di Bona

Crédit photo: © Daniel Martin Diaz

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