Joël Dicker (m’) a frappé encore

Depuis que je vous ai parlé de ce bon vieux Joël, quelques mois se sont écoulés. Il a joué dans une pub pour une bagnole (presque une web série, intitulée DS Writer) et moi j’ai lu ses deux autres romans. Même si le mini thriller se laisse regarder, je vais plutôt vous parler des bouquins.

Les Derniers Jours de nos Pères paru en 2010 et Le Livre des Baltimore paru fin 2015. Les deux n’ont pas grand chose à voir que ce soit au niveau du cadre ou des personnages mais on notera tout de même quelques similitudes et autres ficelles sur lesquelles l’auteur sait très bien tirer.

Les Derniers Jours de nos Pères raconte l’histoire d’un jeune parisien, Paul-Emile alias Pal, enrôlé par le SOE au début de l’occupation, et de ses camarades rencontrés durant sa formation. En effet, le SOE (Special Operations Executive) était une branche des services secrets britanniques créée en 1940 par Churchill qui avait pour but de former en Angleterre des espions d’élite issus de pays occupés et de les renvoyer chez eux afin de diriger les actions de résistance.

A la différence des deux autres romans du Suisse, on a affaire à un narrateur au point de vue omniscient de bout en bout. Cependant, il s’ancre tout de même dans la réalité, grâce à un contexte historique assez détaillé. On voit bien que de nombreux passages sont purement romancés mais rien ne prouve qu’une telle histoire n’a jamais eu lieu.

Des centres d’entraînement où les exercices sont plus difficiles les uns que les autres à la dure réalité du terrain d’opérations, on s’attache au petit groupe que composent les personnages principaux. On les voit ensemble durant la formation puis on partira en mission avec chacun. Aucune monotonie donc puisqu’il y aura toujours un agent à suivre.

Le Livre des Baltimore reprend certains ingrédients ayant fait le succès de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert. En effet, on retrouve ce cher Marcus Goldman, « l’écrivain » comme certains l’appellent, dans le rôle du narrateur. De nombreux passages à la première personne relatant sa propre histoire nous plongent dans un certain réalisme. Le parallèle entre lui et Dicker est assez facile, certainement trop. Mais bon à force de parler de cette foutue page blanche (jusque dans la pub Citroën citée au début), je t’avoue, Joël, que je te vois bien en Marcus par moments… Bref. Autre similitude avec le précédent, le récit est rythmé par les flash-back. Souvenirs des uns et des autres qui vont retracer l’histoire. D’ailleurs, l’histoire qu’est-que-c’est cette fois ? me demanderez- vous.

Goldman a écrit La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert il y a 3-4 ans. Un événement le pousse à se repencher sur le passé de sa famille, disons depuis sa jeunesse jusqu’à son présent. Plus précisément, il va se pencher sur la vie de ses cousins à cette période, vie d’une famille aisée qu’il enviait par dessus tout et à laquelle il pouvait goûter durant les vacances scolaires quand les deux branches de la famille se retrouvaient : les Goldman-de-Montclair (Marcus et ses parents) et les Goldman-de-Baltimore (ses cousins et leur parents : l’oncle Saul, grand avocat New Yorkais idole de Marcus et la belle et douce tante Anita). Ce n’est pas un spoil de vous dire que c’est avec une version romancée des péripéties de ses cousins que Marcus a accédé à la célébrité en écrivant G comme Goldstein (oui, Goldman – Goldstein, l’allusion est à peine voilée). Il revient donc là sur la vraie histoire dans une petite fresque sur une génération, un peu à la C.R.A.Z.Y. tiens histoire de faire un petit clin d’œil à Bowie en passant.

De ces deux livres, ressortent deux choses qui selon moi contribuent au succès de Joël Dicker et qui d’ailleurs apparaissaient dans Harry Quebert. Il n’en a pas l’apanage certes, mais il les manie avec un talent indéniable. Ils étaient du reste déjà en conclusion de mon autre article.
Tout d’abord, le premier mot qui pourrait qualifier ces romans, c’est Addictif. Son style est agréable, facile à lire ou disons facilement abordable, ce qui évidemment lui est reproché par certains. Il sait nous plonger au cœur de l’action pour nous donner envie d’avancer sans nous arrêter.

Il use de procédés vieux comme le genre pour ménager le suspense mais ça fonctionne. Dans Les Derniers…, un personnage est dans une situation difficile, on passe à une intrigue parallèle. Il passe tout Le Livre des Baltimore à nous parler du « Drame » et à nous expliquer comment il a transformé sa famille mais il ne nous l’expliquera qu’après plus de 300 pages. Facile ? Sûrement, mais surtout diablement efficace !

J’en viens maintenant au deuxième point commun. Un thème qui est au centre des trois bouquins : l’amour. Alors bien sûr vous me direz que l’amour est souvent présent dans toutes les histoires depuis Adam et Ève, et je ne vous contredirai pas… Mais chez Dicker, c’est étonnant de voir à quel point il a une place prépondérante sous différentes formes.

Dans Les Derniers Jours de nos Pères, Pal dit lui même qu’il part à la guerre pour protéger son père qu’il aime tant. Cet amour entre le père et son fils et plus généralement l’amour père/fils seront présents tout au long du livre. Il en est question dès la première page et il en sera question à la dernière. Ce fils qui survit à la guerre grâce à l’espoir de revoir un jour son père, ce père qui perd peu à peu la raison depuis que son fils est parti, entretenant cependant chaque jour l’espoir de son retour. C’est cet amour qui guidera le jeune Pal jusqu’au bout. Celui là et celui trouvé lors des camps d’entraînement, celui de Laura, belle jeune fille engagée aussi par le SOE. Tous deux aspirant à se retrouver entre chaque mission et à mettre fin à la guerre pour vivre pleinement leur passion. L’amour de Pal à son père donnera un sens à la guerre, celui à Laura donnera un sens à sa vie.

Marcus quant à lui, aura une enfance également bercée par l’amour familial. Aimé évidemment par ses parents, il leur préférera – sans toujours le cacher – l’autre branche de la famille, celle qui a réussi, qui possède une belle grande maison à Baltimore et une autre dans les Hamptons. Cet amour qui des années plus tard, le poussera à en savoir un peu plus sur les Goldman-de- Baltimore, à s’interroger sur le Drame et surtout à écrire Le Livre.

Voilà, Oncle Saul, mon oncle aimé. Ce livre que je t’avais promis, je le dépose devant toi.

Marcus connaîtra aussi une fille dont il tombera éperdument amoureux, comme ses cousins ; ce qui les éloignera un peu puis les liera de nouveau.
L’amour est en quelque sorte le fil conducteur de ces livres, un lien entre certains personnages, un prétexte à des rebondissements, un point de départ, un but… Couples, familles, amis tous sont mus par une forme d’amour.

Pourquoi est-ce un ingrédient essentiel de l’efficacité de Dicker ? Parce que tous les lecteurs trouveront à un moment un moyen de s’identifier à un ou plusieurs personnages en retrouvant des sentiments qu’ils auront eux même ressenti.

Voilà, 1200 mots pour vous expliquer que Joël Dicker écrit sans originalité sur l’amour pour nous faire adhérer à ses histoires. Qu’il manie les astuces du suspense pour nous tenir en haleine durant des centaines de pages. Que finalement, il ne révolutionne rien.
Oui sauf qu’à la sauce Dicker, tout ça se marie à merveille et prend la forme d’un excellent roman à chaque fois. À mes yeux en tous cas. On pourrait disserter sur ce qu’est un excellent roman bien sûr. Mais deux autres livres plus tard, cette citation de Harry Quebert himself est toujours aussi vraie que dans mon premier article :

Un bon livre, Marcus, est un livre qu’on regrette d’avoir terminé.

Moi j’ai les boules grave, alors vivement le prochain.

Écrit par Aurélien Savidand

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