Kaytranada / L’art du reworking

Combien de fois sommes-nous tombés sur un remix bien dégueulasse d’un morceau qu’on adore ?

Personnellement j’ai du mal à garder le compte en tête, ce qui est sûr, c’est que je me suis plus que souvent insurgé, plié de rire, ou que j’ai maudit ledit remixeur. Mais quelques fois, il y a un mec qui sort du lot, un mec qui va te produire un bootleg en or, et ce mec, en l’occurrence, s’appelle Kaytranada.

La production musicale a changé, et la manière de faire connaitre les artistes a évolué grâce notamment à l’apparition des Netlabels (labels sans structure physique) et des plateformes de streaming musical à spectre large comme SoundCloud et Mixcloud. Kaytranada est l’enfant-roi de cette nouvelle génération dans laquelle l’industrie musicale a vu ses frontières et règles reculer drastiquement pour se plier à une mondialisation web totale de la culture, et supprimer ainsi tous les intermédiaires : les réseaux sociaux ont octroyé aux artistes les outils pour se faire connaître et toucher directement leur public, cela s’appelle le direct-to-fan.

Le bougre a 23 ans, et est devenu une superstar en 2 ans, notoriété très largement méritée aux vues de la qualité de son travail – ou plutôt de son re-travail. On retrouve cette sensation particulière qu’on avait quand, il y a 15 ans, Cassius ou Daft Punk sortait un remix d’une piste surjouée en club, et pour laquelle tu savais qu’ils faisaient complètement la diff !

A ses débuts en 2010 sous le nom de Kaytradamus, Louis Kevin Célestin, canado-haïtien, signe ses premières oeuvres et frappe déjà fort. Rien qu’avec un bootleg (reprise pirate d’un morceau) de 1’55 sur le Cry Me a River de notre Justin préféré, on comprend vite qu’il va falloir suivre de très près la production à venir du kiki. Piano délicat, arrivée progressive de la batterie qui fait mouche, apothéose instrumentale dans les dernières 30 sec, tous les ingrédients sont là, dans ton casque.

Fraîcheur des instrus, basses et woofer qui pulsent , intelligence de sélection de la zone à garder en bootleg, tout y est, et devient la marque de fabrique d’un mec qui va te faire kiffer tes soirées au calme.

2012, Kaytradamus devient Kaytranada et rejoint le Netlabel angelin HW&W (Huh What&Where). La production s’accélère, les bootlegs fragmentaires se font plus fins, plus longs, plus travaillés, jusqu’à devenir des morceaux complets. Le succès se fait sentir sur le très en vogue January de Disclosure en 2013 (maintenant à 4,44M de vues sur Soundcloud, est-ce un chiffre assez important pour justifier mon argumentation ?)

Dès lors, le gars déroule, et les reworks de qualité sont constants, Jill Scott,  Common, Erykah Badu, Nelly Furtado, K-OS, Janet Jackson, Amerie, Modjo, Snakehips – tous passent à la moulinette, tous reçoivent un traitement particulier dans lesquels Kaytranada impose sa patte, et te fait tour à tour te poser avec ton verre tranquille, bouger la tête comme un pigeon, taper du pied et finir par faire sérieusement monter la température. Cela fera un moment qu’on aura pas eu un DJ si prolifique.

Entre instinct commercial et véritable passion pour la musique, il y a un gouffre à combler, et l’époque s’y prête, seule la créativité peut effectivement le réaliser. Et tel que le dit M. Celestin dans une interview donnée à l’excellent Clash Music  en Octobre 2014 :

You have to bring your own funk, your own originality.

On m’a toujours appris en fac de lettres qu’une réecriture pouvait faire passer un auteur de délit de plagiat à véritable oeuvre littéraire. Il en va de même pour le bon son j’imagine.

Longue vie aux créateurs, maleus maleficarum aux usurpateurs, et  la plus longue carrière possible à Louis Kevin Celestin, le rejeton doré des plateformes de streaming musical !

En complément de cet article, voici la page Soundcloud de Kaytranada, comprenant tous ses titres 

**** Merci tout spécialement à ma pote Ariane de m’avoir fait découvrir HW&W, sans quoi cette chronique n’aurait jamais vu le jour !

Écrit par Ugo J. Grillis

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