Lumières Lombardes

Le titre est faux. Car il aurait du être en fait Lumières de Vénétie, Lombardie et du Tessin. Mais c’était trop long pour un titre.

J‘ai voulu m’attaquer cette fois à tout le nord de l’Italie, de Venise à Milan, en passant faire un crochet par Lugano à la frontière suisse. Le papier sur les Asturies marquait déjà très fortement une dimension de voyage plus humaine et moins solitaire, l’évolution la plus heureuse que j’ai connue ces dernières années.

Je me dis de plus en plus que le voyageur est celui qui entre en résonance avec son désir profond d’explorer tout ce qu’il y a alentours, mais doit également avoir conscience qu’il vient s’inscrire et se heurter à une société qui varie, légèrement ou profondément, de la sienne.

L’année dernière, depuis Piran sur la côte Istrienne, je voyais bien Trieste et pouvais deviner Venise. Je m’étais donc fait un point d’honneur à voir la cité flottante dans le cours de l’année suivante. L’itinéraire préparé comprenait du train, beaucoup, et un détour nécessaire par les Dolomites, induit par toutes les publications de fou furieux que j’en voyais sur Instagram. Mais commençons plutôt dans l’ordre, que je me mette enfin à raconter ce qu’il s’est passé durant ces 8 jours.

Il serait, de toutes façons, très cliché de dire que Venise est une ville magnifique. Magnifique n’est pourtant pas le mot que j’utiliserais pour la décrire, je remplacerais cela plutôt volontiers par « pesante ». Le mot n’a ici aucune connotation négative, au contraire, il fait référence au poids de l’Histoire écrasant qui se répand dans toutes les ruelles et dans l’architecture des bâtiments les plus anciens, au poids d’une beauté a demi submergée par les eaux, au poids des personnes qui la peuplent et ont l’habitude nette de vivre dans une ville musée, littéralement inondée par les vagues de touristes à San Marco ou dans les îles de l’archipel comme Murano ou Burano.

Je n’ai pas eu un seul jour de beau temps à Venise, y étant parti en Février, tout n’était que brume stagnante et fine bruine. Tant mieux pour les photos, tant mieux pour les touristes en moins ! Là où tout le monde mitraille les moindres recoins architecturaux de la ville, j’ai eu quant à moi un énorme problème de fétichisme avec le vaporetto et ses usagers. Vivant pendant 3 jours sur l’ile isolée de Giudecca, je devais prendre le bateau aux aurores avec les travailleurs, et le soir avec ceux qui rentraient à l’auberge avec moi. Les gens m’ont fasciné à Venise plus que l’architecture.

 

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Je gardais mes clichés de la ville pour le point le plus haut, le campanile de San Marco, qui laisse une vue imprenable, la brume aidant grandement à des prises plus originales

 

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L’auberge dans laquelle je résidais était une usine à gaz, des dortoirs de 12 lits à 24 lits, un bar et un restaurant au rez-de-chaussée. Et aux vues de la réputation de Venise, mon dortoir était une mosaïque complète de nationalités. Voyageurs heureux de voir enfin la belle, les conversations, amitiés et promesses de cuites ont fusé dès la première soirée, me laissant entrevoir que j’allais passer 3 nuits grandioses avec l’espoir plus que nourri de répéter le même rythme que Gijon, ce qui a été le cas plus encore. Je me rappelle de Joren, complètement cuit,  lâchant un « sorry mates » avant de pisser dans le canal de Giudecca en faisant des doigts dans la direction de San Marco. De Pedro qui n’arrivait pas à se défaire de trois brésiliennes qui lui rappelaient bien trop son pays et le comportement dérisoire qu’elles pouvaient avoir les mecs. De Tuan et Andrews qui ne se rappelaient plus de si ils devaient taper les pleines ou vides au billard et ont perdu de facto,  et très connement, une partie entamée à 2h du matin sous l’impulsion d’une bouteille de Jack. De la délicieuse Emma, s’étant lancé dans une mission avec moi pour aller tirer des espèces sur le seul distributeur de notre île, revenant au bout de 40 mn alors que le barman nous en avait indiqué 5 à une vache près, à 2h du matin, sous une pluie faisant son grand retour à mi-chemin. Des rires, aux éclats, voilà de quoi ont été imprégnés ces trois soirées.  Giudecca a été la plus douce des maisons pendant trois jours, celle vers laquelle il est toujours bon de revenir après une journée épuisante.

Le but étant de rejoindre Milan après avoir fait mon temps à Venise, je me risquais à partir à Cortina d’Ampezzo, en plein coeur des Dolomites, le seul jour où je le pouvais, malgré des conditions climatiques très clairement opposées à ma venue. Je n’ai rien pu voir pendant près de 6h de trail, à mesure que j’avançais à tâtillons sur le sentier, bien balisé, mais en proie à des chutes lourdes de neige et un brouillard dense. Mes 6h d’énervement se muant en frustration, ont tout de même été récompensées en fin de journée, quand le temps a fini par se lever sur la vallée de Cadore, légitimant de manière flamboyante les efforts que j’avais fait pour arriver de l’autre côté du val. Ce que j’ai vu alors, se passe de mots.

Je partais le lendemain en direction de Peschiera Del Garda pour raccorder un train vers Milan, qui allait me servir de nouveau camp de base. Que l’on soit clair sur une chose, je n’ai pas aimé Milan mis à part son Duomo et l’église de San Lorenzo, le côté capitale de la mode, omniprésent chez les habitants du centre ville, défilant dans la Galerie Vittoria Emanuele, m’a très rapidement gavé, et je troquais une journée là bas pour visiter la belle Bergame.

J’ai été littéralement impressionné par cette ville à laquelle j’ai trouvé une atmosphère exceptionnelle, même à mon arrivée sur les coups de 6h. Cette fois-ci, et au fur et à mesure que je montais vers La Cittá Alta, j’étais plus qu’heureux de voir la brume arriver vers le promontoire depuis les Alpes Bergamasques, car la scène laissait véritablement bouche-bée

Lors de ma montée sur les remparts, je croisais une jeune universitaire qui semblait absorbée par les toits de la ville. Cecilia me raconta alors qu’elle venait à cet endroit précis des remparts tous les matins depuis ses 12 ans et que si elle devait partir pour travailler ou étudier, l’habitude lui manquerait beaucoup trop. Elle a accepté que je la photographie dans sa stase, avant de m’indiquer que le village de San Vigilio, sur les collines derrière Bergame, me permettrait d’avoir la plus belle vue pour une photo de la Cittá Alta.

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Après un repas copieux, il était temps de laisser Bergame pour partir en direction de Verone, et voir ce que la ville de Roméo et Juliette avait à offrir. Je dois avouer que j’ai été très déçu par cette dernière, qui n’a pas hésité à troquer ses bâtiments les plus antiques pour accueillir des Starbucks, Zara, Mc Do etc. Verone est une des plus vieilles cités d’Italie, elle recèle tout de même des églises et un duomo magnifiques ainsi qu’un colisée qui vaut le détour.

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Je suis par exemple beaucoup plus tombé sous le charme de Varèse et de son Sacro Monte, et de chemin de randonnée comprenant 12 chapelles retraçant la vie du Christ,  jusqu’au sommet laissant apparaître nettement la vieille ville dominant l’actuelle plaine de Varèse.

L’itinéraire des trois derniers jours fut altéré par une décision de dernière minute, que je ne regrette maintenant absolument pas. Plutôt que d’aller à Côme ou Garda, je décidais de reprendre le train pour monter jusqu’à Lugano dont m’avaient parlé mes compagnons Milanais. Lugano se trouve à la frontière entre la Suisse et l’Italie, là encore, la ville est connue pour son lac alpin et sa baie en forme de croissant de lune fermée par deux monts : le San Salvatore et le Monte Brè. Lugano, son lac et ses environs, méritent cinq jours tant il y a de choses à voir et que l’atmosphère y est paisible. Bon nombre de chemins de randonnée et de villages à visiter bordent ce point d’entrée en Suisse (qui a des humhumhum prix suisses aussi… 17 euros un maxi best of big mac ça fait mal). Voici quelques exemples du paysage offert par le canton du Tessin, aux abords de Lugano, dans les villages de Mélide, Bissone et Gradania

Tu vois ce que je veux dire maintenant ? Même un temps chargé et une brume dense ne peuvent entacher la beauté des lieux.

8 jours ont suffi tout juste, avec le regret de ne pas en avoir pris  deux supplémentaires pour aller par exemple jusqu’au Lac Majeur que j’aurais aimé visiter. Je suis tout de même revenu avec de belles images et des amis chers (coucou Kyria !!).

J’ai maintenant l’impression renforcée de vivre dans l’expectative du prochain décollage, non plus pour seulement exploiter tout ce que les paysages ont à me donner, mais de plus en plus pour m’inscrire dans un rapport réciproque touchant ceux et celles qui croiseront ma route ailleurs.

J’attends.

Écrit par Ugo J. Grillis

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