Tintin le voyageur

Il nous a fait voir du pays le gamin ! On s’est baladé avec lui sur tous les continents, sur les mers et même sur la Lune. Son meilleur pote étant de surcroît un marin au long cours. C’est bien simple, sur les couvertures des 23 albums, des Soviets aux Picaros, seulement deux ont pour cadre le pays d’origine de Tintin : Les Sept Boules de Cristal (chez le professeur Bergamotte) et Les bijoux de la Castafiore (album un peu particulier où la quasi totalité de l’action se situe à Moulinsart). J’ai voulu regarder d’un peu plus près le pourquoi et le comment.

En réfléchissant un peu aux ressorts qui font que le mec que je suis est le digne descendant du tintinophile débutant que j’étais enfant, j’ai vite compris que le voyage avait en effet un pouvoir d’attraction indéniable. L’évasion et l’exotisme fonctionnent toujours, 25 ans après avoir découvert Hergé et son fiston. Je pense même que c’est l’une des clés de son succès. Faire rêver les jeunes et les moins jeunes ; si tant est que cette limite, déjà assez floue dans la société actuelle (les uns faisant tout pour se prendre pour les autres et inversement), ait une quelconque raison d’être lorsqu’on se replonge dans une de ces aventures. Mais l’ouverture des frontières de l’âge n’est pas le propos ici, revenons à nos moutons pour les plus terre à terre. Ou à nos mous thons pour les marins.

Je n’ai, pour ma part, pas eu l’occasion de faire autant de voyages que notre reporter et je dois avouer que certains albums ont toujours cette faculté de me donner des envies d’ailleurs. Et je ne pense pas être le seul, si ?

Les accros de safari l’auraient bien suivi au Congo, les randonneurs de l’extrême au Tibet, les aventuriers jusqu’au Temple du Soleil, les moins frileux en Arctique, et j’en passe.

J’irais bien me faire dorer la pilule sur cette île moi…

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Le Trésor de Rackham le Rouge, planche 24

Certains rêveront plutôt de ça :

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 On a Marché sur la Lune, planche 25

Ces paysages magnifiques participent à nous faire envier le petit rouquin à la houppette, à faire de lui une sorte d’idole.
Mais pour Tintin, pas de monoï ni de maillot de bain. Ce n’est pas seulement par pur plaisir qu’il joue au globe-trotter, il se retrouve souvent embarqué malgré lui dans les péripéties qui rythment ses albums. Car n’oublions pas que Tintin, c’est avant tout un reporter, un journaleux. Les premiers albums auront d’ailleurs un article en toile de fond (l’URSS, le Congo, Al Capone…)

Voici donc la toute première case du tout premier album Tintin au pays des Soviets :

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Voilà comment on fait connaissance avec le jeune Monsieur Tintin qui à l’époque, il faut se rendre à l’évidence, manque cruellement de dégaine.
Il aura la lourde tâche de « tenir au courant les lecteurs de ce qui se passe à l’étranger ». Hergé le met d’emblée en position d’observateur privilégié, de témoin de son époque. Si le trait est copieusement grossi dans cet album et dans d’autres, Georges nous raconte tout de même ce qui se passe dans le monde. Au moment de la publication des premiers albums, on n’avait pas la télé. Pas de Jean-Pierre Pernault, pas de Laurent Delahousse pour nous raconter tout ça, même pas de Léon Zitrone.

C’est décidé, Tintin va nous faire partager ses aventures pour nous instruire. Peut-on faire plus ludique ? Y a-t-il un meilleur compagnon de voyage ? C’est autre chose qu’un vieux prof d’histoire-géo acariâtre.

D’autant qu’Hergé est sacrément documenté. Il s’abreuve d’articles, de visites au musée et de tout ce qui peut ancrer un peu plus Tintin dans la réalité. Alors évidemment, il ne voyagera pas autant, il se « contentera » de ce qui lui est rapporté. D’où la naissance de la fameuse polémique autour du racisme de Tintin au Congo. Mais en fait, il ne fait que s’appuyer sur ce qui se dit à l’époque. Évidemment, avec le recul ça nous semble outrancier ce discours colonialiste mais c’était pourtant la norme. Quoi qu’il en soit, c’est fort de toute cette documentation qu’il basera les aventures de son jeune reporter dans un monde haut en couleur et en pleine évolution. Quelque part entre des lieux purement réels comme ici :

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Coke en stock, planche 28 – Photo (Petra en Jordanie): Andi Chadwick / Getty-Stone

Et certains purement fictifs (Syldavie, San Theodoros…). Lieux fictifs qui n’en sont pas moins évocateurs géographiquement et politiquement de régions existantes.

Au delà de la géopolitique, Hergé mettra un point d’honneur à inclure des préoccupations de son temps aux albums de Tintin avec un souci du détail voire une prescience parfois troublantS.

Il a quand même envoyé Tintin sur la Lune 15 ans avant le trompettiste et 8 ans avant Gagarine, premier homme dans l’espace.

C’est en prenant à bras le corps son rôle de journaliste et donc en gardant en point de mire une dimension informative que Tintin nous entraîne aux quatre coins du monde et même un peu plus loin. On traverse des pays et des décors exceptionnels, emblématiques, et on s’évade a chaque lecture un peu plus grâce à ses voyages. Et bien entendu, on en redemande toujours. Autant dire qu’à tant nous faire voyager, Hergé a bien mené sa barque.

Écrit par Aurélien Savidand

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